Réfléchir sur trois fois rien, demeurer dans le léger pour ne pas s'abîmer dans le grave.

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Pierre:

PierrePierre est parti rejoindre son épouse, Nina…

où? Je ne sais pas. Que savons-nous de la mort?

Je suis allée à l’enterrement de Pierre et j’ai appris… qu’il ne s’appelait même pas Pierre… mais Gaëtan! Que savons-nous des vivants?

Nous, nous connaissions peu  ce voisin avec qui nous aimions plaisanter et qui aimait marcher comme nous. Il était d’origine italienne. Nous aimions apercevoir, au détour d’une rue, sa chevelure blanche, au loin, qui partait ou revenait de notre résidence. Sa jovialité indéfectible faisait plaisir à voir et nous admirions son courage. Nous ne connaissions même pas sa famille, son fils…

Nous avions juste rencontré son épouse … chez des voisins et amis communs. L’amour de Pierre pour Nina nous a paru très beau. Elle était malade depuis des années, de cancers divers… et lui l’assistait… assistait surtout à ses souffrances, impuissant… Alors il marchait pour se changer un peu les idées de cette obsession qu’était la pensée qu’elle allait le quitter, partir avant lui en le laissant.

Et puis elle est effectivement partie la première, comme prévu. Et il a tant pleuré qu’il ne pouvait même plus s’en remettre et même plus marcher. Il nous avait dit que les démarches  administratives sont des plus pénibles pour qui est dans la peine mais que son fils l’aidait bien.  Néanmoins il en était tombé malade à son tour.

Par une amie commune nous avons entendu cette histoire terrible: un jour il a décroché le téléphone et il a entendu… la voix de Nina! Comme c’était un enregistrement de la boîte vocale, il a pu le faire réécouter à son fils… et c’était vrai, c’était bien la voix de Nina! Un appel qu’elle avait passé chez eux depuis sa chambre d’hôpital, peu de temps avant sa mort  et elle lui demandait de venir la voir! Un truc à devenir fou!

Et puis il a été si malade qu’il est allé à l’hôpital lui aussi et il espérait mourir mais la mort se faisait attendre. Il a encore souffert…

Voilà… il est enfin parti rejoindre sa femme, qui l’avait quitté  en mai dernier, huit mois plus tôt.

A l’église, les paroles de son fils ont été très émouvantes et un très bel hommage. J’ai vu que Pierre et Nina se partagent la physionomie de leur fils et qu’ils ont six petits-enfants… La vie continue et tant mieux.

fev 032

En novembre 2012, dans notre famille,  Tata Yoyo partait rejoindre Tonton Gilbert, juste deux mois après l’avoir perdu et…  d’un infarctus alors qu’elle n’avait jamais été malade du cœur…  Certes ces quatre personnes étaient nonagénaires et autour de nous, dans notre quartier, nos amis sont âgés. Je vais en voir partir avant moi mais je n’avais jamais auparavant ressenti la fréquence des passages de  la mort comme ces temps derniers.

Je n’ai « que » 55 ans…  Mais j’ai toujours réfléchi à la mort; j’ai même déjà écrit mon épitaphe, à la manière des Romains qui bordaient les routes des sépultures portant des remarques philosophiques.

Il faut ne garder de tous ceux qu’on a rencontrés que les meilleurs moments car il y en a toujours eu, même avec ceux qui nous ont agacés, blessés, déçus ou se sont simplement détournés de nous.

J’espère que tous ceux qui m’ont connue sauront ne conserver de moi que les meilleurs souvenirs. Tout le reste n’a pas d’intérêt.

Il n’y aura pas grand monde à mon enterrement et cela m’importe peu. Je le souhaite même car je n’ai pas recherché la gloire et je cultive désormais très peu l’amitié.

Il reste ma famille à moi (c’est un pléonasme volontaire) et pour me rendre hommage je veux qu’on ne parle que de mes rires et de mes chants, de mes créations, de mon mari et de mes enfants. Que du positif et de la beauté. De mes enfants surtout. Rien n’a eu et n’aura jamais plus d’importance pour moi que mes enfants, mon  mari et mes chats.

Pierre, tu marcheras longtemps dans notre mémoire, illuminé par le sourire de ton épouse.

fev 034

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